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 Carnet de février et mars 2010
Carnet du jour


Chasse aux lupes et aux pekas

Cet après-mdi, on part avec Paino et Telo en pick-up dans le toafa à la chasse aux lupes ("loupé"), les pigeons sauvages locaux et aux pekas, les grandes chauves souris qui nichent en haut des arbres. Départ en plein cagnard à 14h, retour fourbus et transpirants en fin d'après-midi. On a marché longtemps dans le toafa (un mélange de jungle et de savane wallisienne...), on revient sans un peka (ce n'était pas la bonne heure pour ça, elles sortent surtout au coucher du soleil), mais on ramène 4 pigeons qu'on fera au umu plus tard.

Samedi 20 mars : Départ d'Audrey et Eric

Audrey et Eric quittent Wallis pour Nouméa dans une semaine et pour leur départ, ils organisent une petite fiesta nocturne à Nukuione. Départ des navettes à 16h depuis Vakala, l'association de voile à Liku, nous, on quitte Haafuasia directement avec notre bateau. On se retrouve une vingtaine, grands et petits, autour d'un gros barbecue de mouton coupé à la machette par Hala et surtout d'un bar improvisé par une palette cloué sur un arbre... Succès garanti... Un ti'punch, deux ti'punch, trois ti'punch... Discussions profondes et animées... On fait une navette retour avec Eric vers 22h avant la marée basse, pour ramener les non adeptes de la nuit au bord de l'océan, 30 minutes aller et retour, et le "bar" est toujours bondé. Manu part se baigner avec Jeanne et Sapeta. Les enfants dorment déjà depuis longtemps. Chacun part se coucher en hamac, sur une natte ou simplement posé improbablement sur le béton de la croix... Le petit vent sous le fale est le bienvenu... Le lendemain, c'est journée baignade, fabrication de cabanes pour les enfants, siestouille et virée en catamaran au trou de la tortue avec les enfants. On termine se week-end sympa, dimanche à la tombée de la nuit, on ne pouvait pas rentrer avant à cause de la marée et c'était plutôt bien d'en profiter jusqu'au bout. Il fait nuit quand je remonte du bateau après l'avoir amarré et vidé, les enfants sont déjà remontés avec Manu, douchés et devant leur bol de soupe chinoise.


Baignade de nuit

Retour de l'école à 16h30, une heure avant le coucher du soleil, le temps de faire les devoirs et on va attendre le repas dans la piscine sous les étoiles.


Salade de papayes vertes

Un repas préféré des enfants : la salade de papayes vertes (papayes vertes, cacahuète, pâte de crevettes, sauce de poisson, tomates, piment, citron vert), ça a l'odeur "un peu forte" de la sauce de poisson mais quand on mange à la main, tout est bon... C'est Ronald qui avait compris ça, il y a bien longtemps... 



Samedi 13 mars : Tomas est là...

Cela soufflait très fort depuis hier après-midi, les cocos et les palmes volent du haut des cocotiers. On a tenté hier après-midi de mettre le bateau à l'abri avec Paino, sans succès, trop de vent, trop de houle, on risque de le perdre sur les rochers, il vaut mieux le laisser au mouillage et rajouter des bouts de renfort...  

La nuit a été agitée, quelques petites coupures de courant, mais les gars d'EEWF sont sur le pont, ils travaillent jour et nuit en haut des poteaux sous les rafales. On dort peu, le bruit du vent nous réveille. Cathy récupère Lucie, dans la matinée pendant qu'on peut encore rouler : on est passé en niveau d'alerte cyclonique 1, Futuna en niveau 2, l'oeil va les froler, ils vont déguster... Du coup, on prépare les lampes torches, on a stocké des bouteilles d'eau et des boîtes, et on va tranquillement rester à la maison, les volets fermés à faire des jeux ou à lire à la lumière des bougies. Juste une petite ballade samedi soir avec les enfants dans le 4X4 de Paino pour faire un tour en bord de mer : tout ce qu'il ne faut pas faire en cas d'alerte niveau 1... Samedi après-midi et dimanche dans la nuit surtout, le vent se renforce. 

Dimanche matin, vers 5 heures, je pars sous les rafales à pied en évitant branches et cocos voir l'état du bateau en bas de la maison. Il est toujours là, secoué mais entier, celui d'Atonio, le voisin, a eu moins de chance, un gros cailloux a été transporté par les vagues sous la coque, et je le vois couler en direct avec le moteur... Je reviens et on part avec Paino faire un tour à pied voir les dégats du village, rien aux maisons, mais de nombreux arbres couchés, essentiellement des arbres à pain (dont un dans notre jardin) et des branches partout en travers des routes. Le nord de l'île, directement face au vent, a plus souffert, 5 maisons ont vu leurs toits soufflés. Bon, en résumé, à part le nettoyage des jardins, on s'en sort plutôt bien, on apprendra avec le retour des liaisons téléphoniques, que l'île soeur de Futuna a souffert, beaucoup souffert : de nombreuses maisons sont détruites en bord de mer envahies, soulevées par des vagues de 8 mètres, les cultures sont détruites à presque 100%, beaucoup de toits ont été soufflés, un des deux collèges est détruit, seul la réaction préventive des autorités et l'habitude des habitants aux catastrophes naturelles (cyclone et tremblement de terre (destructeur en 1986)) a permis de n'avoir aucun décès, mais juste quelques blessés...


Eloi reçoit Lulu

Ce soir, Eloi reçoit sa grande copine Lucie, coquillette/jambon et on installe les deux matelas côte à côte par terre, le vent commence à souffler fort, très fort et les deux petits ne sont pas rassurés ni décidés à dormir l'un au dessus de l'autre dans le lit jumeaux. Tomas approche...


Le 1er mars : le père Noël arrive enfin

Le père Noël est passé chez Mamie Jeanne et Papy Daniel et ils lui ont donné notre adresse wallisienne, du coup, le temps de venir jusqu'à nous, il est arrivé ce matin à la poste de Mata-Utu. Deux mois pour acheminer du courrier, Wallis, c'est ça aussi...


Le pain

Les baguettes sont croustillantes deux secondes à Wallis, du coup, on a pris l'habitude de fabriquer notre propre pain complet (voir la recette dans carnet de recettes).


Fête au village le 27 février

Tout d'abord un petit peu d'explication sur l'organisation coutumière du village : Chaque village est dirigé par un chef, le pulekolo, et dans chaque village, il porte un nom de lignée différent. A Haafuasia, il se nomme Hoko. Il existe aussi une femme responsable du village. Chaque village est divisé en quartiers, les kalasi, et à Haafuasia, on en dénombre 3. Ces kalasi ne sont pas forcément des divisions géographiques, on y trouve aussi des regroupements amicaux ou familiaux, ainsi, on peut faire partie d'un kalasi et son voisin d'un autre... Chacun de ces quartiers choisit un responsable masculin, le lagiaki tagata et une responsable féminine, la lagiaki fafine. Les décisions, les requêtes sont d'abord évoquées en conseil de quartier avant d'être soumises au conseil dominical du village dirigé par Hoko, et qui se déroule au fale fono (la salle "communale") . Voilà, ça, c'est fait !

Alors, il se trouve qu'un des kalasi a décidé d'aménager les abords de l'embarcadère pour pouvoir accueillir les jeunes du village en colonie ou pour la journée. C'est le kalasi dont le lagiaki est Kalolo. Ils se sont réunis et ont décidé de lever des fonds (pas d'impôts locaux ni fonciers ici, alors il faut des idées...) en organisant un repas dansant traditionnel au fale fono. Chaque habitant du quartier est sollicité pour acheter des tickets repas et pour en vendre autour de lui. 

Kalolo est passé nous vendre 4 entrées (et Site, notre femme de ménage enrage, elle en a encore à vendre et s'est fait couper l'herbe sous le pied...). Et nous nous retrouvons samedi 27 février au soir à la table d'honneur à côté de celle des chefs coutumiers, avec Ghislaine et Jésus, Paino et Nicola et les enfants. Nous avons droit au service à table et aux danses traditionnelles face à nous, les autres convives sont derrière et se servent au buffet. Si, on remet ça dans un contexte tourangeau, à Marçay par exemple, j'ai du mal à imaginer une famille du village d'origine africaine, maghrebine, kanak ou poldo-moldave, placée aux places d'honneur pour le banquet de l'année avec tous les égards dûs à l'invité, celui qui vient d'ailleurs...

En tout cas, bonne soirée et retour à la maison à pied sous les étoiles.  Pas de photos de la soirée, on a oublié l'appareil, juste quelques clichés de la préparation du umu géant. J'ai passé mon après-midi chez Kalolo à griller, éplucher, déterrer, préparer les paniers, tuer et cuire les cochons, préparer les fai kai, les lu... avec les hommes du village. Les femmes, elles, préparent dans leur coin toutes les salades (poissons, légumes, poulpes, coquillages...) et préparent la table